ARCHIVE 2008

MAX ERNST – MAXIMILIANA

SES PRINCIPALES EXPOSITIONS À LA GALERIE CHAVE

1966 : « Peintures, collages »
1968 : « Déchets d’atelier, lueurs de génie »
1970 : « Frottages »
1971 : « 45 lithographies uniques dues aux surprises du hasard »
1972 : Présentation de « La Ballade du soldat », texte de G.R.D, 34 lithographies
1973 : « Max Ernst ne peint plus… »
1974 : Présentation de « Festin », texte de Pierre Hebey, 12 lithographies
1976 : Présentation de livres illustrés et de lithographies surimprimées
1991 : « Max Ernst aurait 100 ans… » en collaboration avec le musée deBrühl
2000 : Exposition de peintures, frottages et estampes
2005 : La collection Max Ernst de P. et M. Chave au musée Ingres de Montauban
2008 : « Maximiliana » – OEuvres originales : peintures, collages, frottages, sculptures, bijoux en or, livres illustrés

SON PARCOURS LITHOGRAPHIQUE

1919 : Max Ernst réalise son premier porte-folio de 8 lithographies : « Fiat Modes ».
1939 : Il réutilise cette technique en y intégrant ses recherches sur le frottage dans « Chanson complète » de Paul Eluard, « Le parquet se soulève » de Jean Tardieu, « Elektra », « Sphinx »….
à partir de 1950 : Il réalise un grand nombre d’illustrations à l’aide de ce procédé : « Danseuses », « Masques », « Figures »…
Sa première collaboration avec Pierre Chave a lieu en 1966 pour l’impression de la lithographie « Pour le Jewish Museum de New-York ».

De cette date à 1975 : Max Ernst exécute à Vence, plus de deux cent trente planches dont :
« Paramythes », « La chasse au snark », « Ecritures », « Journal d’un astronaute millénaire », « Wunderhorn », « Les petits agneaux », « Décervelages », « Ecritures »…et pour le compte des éditions Pierre Chave : « Lithographies uniques dues aux surprises du hasard » (1970), « Ballade du soldat » (1972), « Lithographies uniques surimprimées Max Ernst sur Max Ernst » (1972), « Festin » (1974)…

65 MAXIMILIANA

65 Maximiliana, fruit d’une étroite collaboration entre Ernst et Iliazd, constitue une oeuvre des plus admirable et des plus énigmatique, véritable joyau du livre illustré au XXe siècle.
C’est là que le génie des deux hommes se manifeste de façon exemplaire, dans une évocation de l’astronome allemand Guillaume Tempel, découvreur de planètes et poète à ses heures, oublié et incompris.
À travers ces 30 folios dédiés à l’art de voir de l’astronome, une évidente connivence se devine dans la structure et l’élaboration de l’ouvrage, où l’artiste et le poète-éditeur échangent idées, images et matériaux en de subtiles variations.
Iliazd y aménage de grands espaces occupés par les gravures de Max où se meuvent des êtres aériens ou marins, sous lesquels défilent les textes en français et italien. Ailleurs, les blocs de caractères hiéroglyphiques inventés par Ernst, arrangés par colonnes ou rectangles verticaux, évoquent à la fois l’écriture chinoise, les mots ou lettres inconnus chers à Iliazd, autant qu’à l’automatisme surréel, quand écriture, graphie et dessin s’emmêlent dans de secrètes alliances.
Les inventions typographiques d’Iliazd, à leur tour, mettent en scène des constellations, agglomérats de lettres et de mots, poussières d’astres qui se déploient à la façon d’un firmament étoilé, dont il nous reste à découvrir les mystérieuses organisations. Là où jouent les clairs-obscurs, on se sent à mi-chemin des ténèbres et des lumières, entre microcosme et macrocosme. En certains folios, les axes obliques tracés par les lignes du texte, de haut en bas et de bas en haut, aménagent des trajectoires suivant la chute des étoiles filantes ou encore la droite du télescope, vecteur où tous les regards convergent, pour mieux scruter l’univers physique, artistique et poétique.
Cette rencontre hors du temps de l’astronome, du peintre et du poète-éditeur est ici scellée par une splendide anatomie des signes, offerts dans le livre comme miroir des signes indéchiffrés des langages inconnus et de l’univers.

Françoise LE GRIS
professeur d’histoire de l’art, Université du Québec à Montréal – juin 2008

MAX ERNST ET LA MAGIE DU BIJOU

…Fidèle aux philosophes qui éclairèrent sa jeunesse, Max Ernst, à travers son oeuvre, n’a cessé de porter au plus haut point de tension cette volonté de résolution des contraires, et si l’on examine aujourd’hui cette oeuvres dans son ensemble, c’est peut-être par les objets précieux, bijoux en or, statuettes en argent que se révèle le mieux la magie dont elle est chargée. La nature du matériau employé, or et argent, métaux dont les propriétés et l’usage ont de tout temps enrichi la légende, n’est pas étrangère à ce singulier pouvoir, mais plus encore ce sont la forme et l’esprit des objets ainsi conçus qui témoignent d’une alchimie de nos jours sans exemple. C’est ici qu’il convient de rappeler que Max Ernst a grandi à Cologne, ville où naquit l’archisorcier Corneille Agrippa et dont on sait qu’elle est placée sous le signe des rois mages, Balthazar, Melchior et Gaspard. Avec de tels antécédents et compte-tenu de ses qualités de séduction personnelle, tant physique que morale, il était naturel que Max Ernst, au cours de sa brève incursion dans le domaine de l’orfèvrerie, nous offre un condensé de ses élans les plus obscurs et de ses réalisations les plus patentes. Le bijou, en effet, est un résumé du monde, un microcosme à l’intérieur duquel se peuvent lire tout aussi bien, les secrets de la destinée, les témoignages d’allégeance, les clefs initiatiques. Sous sa forme la plus élaborée, il fut longtemps l’apanage de la royauté, des princes de ce monde et de la hiérarchie sacerdotale, signe du faste et affirmation de puissance, sans que toutefois l’oublie la magie avec son cortège d’alchimistes et de sorciers…

Patrick WALDBERG
(catalogue Max Ernst, sculptures d’or et d’argent 1984 – fondation Herbage)
(bijoux fabriqués à l’atelier François et Pierre Hugo)

L’OEUVRE ÉTOILÉE D’ILIAZD

Afat, Rahel, Pismo, les grands poèmes qu’Iliazd écrit au plus sombre des années trente et quarante, sont tous traversés d’étoiles, de comètes, de signes qui calligraphient le ciel. Le ciel dé-fini en négatif – insondable, infini – vide qui prescrit le vertige en excitant l’imaginaire, offre par ses étoiles l’espoir d’autres mondes et rend l’homme lucide sur sa triste condition. Le ciel noc-turne d’où nous regardent les astres est le noir miroir où notre pauvre monde se mire et cherche à s’épurer des forfaitures humaines. L’exilé observe les astres et entre en concordance avec son frère resté au pays qui simultanément regarde les mêmes cieux. L’être malheureux se tourne vers l’étroit carré de ciel qu’il discerne de sa geôle, et il y voit la voûte gigantesque qui noie le camp sibérien où meurt son semblable. Les nuits de guerre sont illuminées du combat des étoiles et des bombes.

Dans le ciel, Iliazd perçoit la fureur du temps. Les astres, chez Iliazd, restent ces signes du destin qu’ils sont depuis que l’homme, du seuil de sa grotte a observé avec angoisse la chute d’une étoile. Les carnets intimes d’Iliazd sont remplis de cartes du ciel, d’horoscopes. Philosophie, son roman autobiographique de 1930, le montre luttant contre le destin brillant qu’un astrologue de Constantinople lui a prédit. L’astrologie, comme la numérologie, est la grande affaire qui occupe-ra Iliazd pendant la vie solitaire qu’il s’est formée après l’échec de son incursion dans Dada jus-qu’à sa résurrection grâce aux éditions d’art.

Les étoiles donnent l’illusion du hasard. Les corps astraux semblent jetés sans ordre. Mais le ciel est organisé, le hasard a ses règles. C’est exactement l’ordre de la poésie. La lumière des astres, si longue à nous venir, est notre lumière. Cirons à la surface de la terre, nous lançons des signaux qui nous survivront comme ceux des corps célestes déjà éteints qui nous parviennent. Cette chaîne sans fin entre dans la logique du toutisme, cette théorie artistique restée sienne de-puis 1913, qui constatait l’inanité du temps, la simultanéité des époques, l’identité du moment et de l’espace. Or, loin de tarir la source poétique, la connaissance scientifique corrobore la puis-sance évocatoire des étoiles. L’astronomie confirme ce que les poètes perçoivent depuis long-temps.

Quand Iliazd découvrit Tempel, les persécutions qu’il subit, les conditions dans lesquelles il trouva l’étoile Maximiliana, nul doute qu’il vit en lui un frère de Monluc, de Roch Grey, de tous ces individus libres et laissés pour compte qu’il n’eut de cesse de célébrer. Mais il y vit aussi sûre-ment un signe reçu des astres. Pour définir poétiquement le langage d’outre-entendement, « zaoum », que lui et quelques autres avaient exploré dans leur jeunesse, les poètes de cette ten-dance l’appelaient souvent « langue des étoiles ». Cet appel des astres, il le transmit en offrant à Max Ernst d’illustrer son ouvrage. Hasard objectif, destinée inscrite dans les noms mêmes, pour Iliazd rompu au jeu des palindromes, il n’y avait pas d’hésitation: Max Ernst (anagramme de Stern, « l’étoile ») se devait d’orner les textes d’Ernst-Wilhelm Tempel sur l’étoile Maximiliana qui portait son prénom. La typographie mimétique d’Iliazd – ces pluies d’étoiles – rappelle ici parfois à s’y méprendre certaines pages de Ledentu le Phare, point d’orgue de son oeuvre « zaoum », oeuvre poétique à la jonction de plusieurs arts, aboutissement d’un mouvement de synthèse en marche depuis le symbolisme. « Nous ne savons pas de quoi les étoiles sont faites. Votre livre est étoilé. » C’est ainsi que Cocteau, en janvier 1924, remerciait Iliazd de son envoi de Ledentu le Phare. Propos de circonstance, poli, sans conséquence, dans le style d’un Cocteau mondain dont la lubie du moment était justement les étoiles, ou bien conclusion d’une observation, ou fruit de l’intuition. Cocteau soupçonnait-il lui-même comme cette image s’appliquait à cette oeuvre, combien la mé-taphore stellaire serait capitale dans l’oeuvre d’Iliazd ?

Dans les eaux-fortes d’Ernst, l’ammonite, un autre emblème iliazdien, que l’on retrouve partout dans ses oeuvres, symbole toutiste affirmant jusque dans sa forme l’éternel retour, s’allie à l’étoile comme un autre témoin des temps révolus émergeant sur la terre. De cette passion pour le temps qu’astres et fossiles poétisent, c’est Maximiliana, livre majeur, belle métaphore des constel-lations ordonnant l’oeuvre d’Iliazd, qui fournit l’expression la plus vive.

Régis GAYRAUD