Louis Carmeil

REPÈRES BIOGRAPHIQUES

Né le 4 août 1920 à Fumel, il meurt le 19 novembre 1999 à Villeneuve sur Lot.
A travaillé dans la boucherie de ses parents de 1933 à 1952.
À partir de cette date, il exploite, avec son épouse, ce commerce pour son propre compte.
A commencé à peindre en 1955 pour occuper ses loisirs.
S’est consacré entièrement à la peinture en 1968, date à laquelle il a cessé toute activité commerciale.
En dehors de la peinture, il s’occupait vers la fin de sa vie d’une petite exploitation agricole, de chevaux…

EXPOSITIONS

Expositions personnelles :

– Galerie Chave 1974
– Galerie Chave 1977
– Ateliers d’aujourd’hui,
Centre Pompidou 1978-1979

Expositions de groupe :

– ARC 2 Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
Les singuliers de l’art 1978
– ELAC Lyon
Le monde d’Alphonse Chave 1981
– Galerie Chave en permanence

On a toujours un certain scrupule à parler de ces artistes authentiques dont la vocation semble venue simplement d’un besoin impérieux de s’exprimer, sans qu’ils aient obligatoirement les bases nécessaires à cette expression. Leur vérité se passe de mots. Nul besoin de les expliquer en faisant référence au savoir traditionnel et aux normes du moment, il suffit peut-être simplement de ressentir ce qu’eux-mêmes ont investi de leur personnalité, dans leur création.

Carmeil fait partie de ces hommes dont nous aimons l’œuvre. Alors que rien, apparemment, ne le prédestinait à l’Art, cet homme laborieux, passionné par tout ce qui l’environne, a soudain « franchi le pas » et transcendé sa réalité quotidienne pour dévoiler une œuvre qui, fortement marquée par sa vie et ses aspirations, est absolument unique en son genre. Peintre du dimanche il y a 25 ans, il aurait pu le rester comme des milliers d’amateurs. Mais il a saisi là une expression visionnaire adaptée à sa personnalité et, par son exigence, son sens aigu de la perfection et du devoir à accomplir, il a pu atteindre les sommets de l’émotion picturale.

Par ses propres moyens, il a appris à peindre, essayant de retrouver la patine et la texture de ces tableaux de maîtres qu’il admire. Ne se laissant jamais figer par la technique, mais la dominant au contraire, il a pu ainsi laisser exulter toute sa sensibilité et sa sensualité dans une peinture élaborée certes, mais vivante et chargée de cette magie que l’on retrouve dans les objets ossuaires qu’il appelle « reliquaires ».

Cet étrange poète, voyant et voyeur, amoureux des sciences occultes, est surtout profondément enraciné dans cette terre cathare qui est la sienne. Sa peinture adhère à sa vie pour la dépasser. Il fut boucher, il est encore paysan : la toile rugueuse est champ de labour, tandis que la toile fine se confond avec le muscle tendre.

Tout naturellement, comme le tranchant du couteau à travers la chair tiède, son pinceau enveloppe la forme, la frôle, l’auréole d’une tendresse toute ancestrale, se prend à fabuler sur ces chairs… qui ne sont plus tout à fait animales… En flairant la couleur juste, il jette un clin d’œil concupiscent sur ces formes ambiguës émergeant de la matière. L’ambivalence est parfaite entre la « viande » et la « chair ». Un érotisme sourd et chargé de mystère s’en dégage.

En dehors de toutes les tendances actuelles de l’art et de toutes les modes, cette œuvre est à la fois rassurante par sa tendresse et étrange par sa symbolique. Témoin de cette vie de la terre, pragmatique mais hargée de spiritisme, Carmeil la transpose dans un monde onirique, envoûtant de sensualité sereine et d’érotisme mystérieux.

Loin des bruits de la ville, Carmeil sait rester le Sourcier de l’Imaginaire qu’il a toujours été.

Madeleine Chave (catalogue galerie Chave-1977).

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