ARCHIVES 2014

HENRI MICHAUX
Peintures, dessins, estampes de 1943 à 1984

Automne-Hiver 2014-2015

Henri Michaux à la Galerie Chave
Ce que le geste peut

Il l’emparouille te l’endosque contre terre ;
Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle ;
Il le pratèle et le libuque et lui baruffle les ouillais ;
Il le tocarde et le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra*.

La création relève du combat, chez Michaux plus encore, car il lutte en permanence avec le matériau brut. Le sujet s’efface, ne demeure que le langage dans sa création organique, sa prodigieuse métamorphose.

Il en va de même dans le domaine plastique et la Galerie Chave* nous en offre une éclatante illustration. On peut y découvrir, jusqu’en décembre, des peintures acryliques sur papier, des tableaux réalisés à l’encre de Chine, des gravures et lithographies. Chaque support met au défi le créateur, dans une relation tactile, physique, charnelle.

Libérée de toute obligation figurative, et même de tout sujet, la création vient directement du geste exécuté sur la surface offerte. Et les formes naissantes engendrent les formes à venir, dans un mouvement prolifique.

Une histoire prend corps. Car ces formes deviennent silhouettes en mouvement. De la main libérée naît un monde onirique, de la matière traitée, parfois maltraitée, émerge le rêve.

Des lignes, comme d’écolier, mais contractées, pleines d’êtres vrillés prennent place comme autant d’histoires minuscules à déchiffrer, provoquant le regard, suscitant la lecture de cette calligraphie contorsionnée, dont les lettres et les mots s’agencent selon une grammaire inconnue. Que chacun se doit d’inventer. Et soudain une danse se met en place, en œuvre, une sarabande d’êtres de fil de fer, pages d’écritures filiformes écrites au bord du vide. Les bras et les jambes s’étirent et se prolongent jusqu’au papier gommé, saisis dans leur effort tendu d’existence.

Ces êtres apparaissent-ils ou bien sont-ils déjà sur la voie de la disparition ?

Ils passent dans la scansion du soir, du noir, s’inscrivent dans le rythme des formats. Les trois étages de la Galerie offrent ainsi une exposition rythmée, cultivant le souffle entre congestion et dilatation.

Il advient que ces créatures s’agencent en procession, venues d’où ? Pour quelle destination. Elles s’égarent même, silhouettes fléchies sur un fond de désert comme Caïn et sa tribu fuyant l’œil de la conscience.

Il est des rêves de blanc dans lesquels les noires paramécies se perdent.

Au bout d’une longue maladie, au bout d’une profonde anémie, je rencontrai les hommes en fil*.

Dans la route tracée sur le fil de ces hommes, la couleur surgit comme une récompense. Elle investit la danse et l’épanouit.

Une exposition qui nous dit ce que peut le geste de l’artiste. Il arrache des formes et elles se présentent dans une splendeur telle que notre regard devient une investigation fertile, appelant sans cesse de nouvelles lectures.

Il y est question de l’infinie jubilation de la création.

Texte d’Yves Ughes

• Henri Michaux : Qui je fus. Gallimard 1927. « le combat »
• Galerie Chave : Henri Michaux, peintures, dessins, estampes, 1943-1984. 13, rue Isnard, 06140 Vence.
• Henri Michaux : Epreuves, exorcismes. Gallimard, 1946. « Les hommes en fil ».

LA BALLADE DU SOLDAT
MAX ERNST – GEORGES RIBEMONT-DESSAIGNES

du 10 avril au 14 juin 2014

LA GUERRE DE 1914-1918 EN IMAGES

1914, la guerre…Max Ernst est mobilisé pendant quatre ans sur le front allemand… « « Victorieux, nous allons battre la France, mourir en valeureux héros ! » devions-nous chanter, la rage au coeur, pendant de longues marches nocturnes » ((Ecritures, Max Ernst-1970)
Paul Eluard écrivait « En février 1916, le peintre surréaliste Max Ernst et moi, nous étions sur le front, à un km l’un de l’autre. L’artilleur allemand Max Ernst bombardait les tranchées où, fantassin français, je montais la garde. Trois ans après, nous étions les meilleurs amis du monde et nous luttons ensemble, depuis, avec acharnement, pour la même cause, celle de l’émancipation totale de l’homme. ».
Dans ce même temps, Georges Ribemont-Dessaignes, ami de Picabia, Duchamp, Max Jacob était sur le front français. Il écrivit plus tard dans Ligne suivie par ma peinture «…1913, en cette dernière année je décidai de ne plus peindre, étant donné qu’il n’y avait pas de raison de peindre d’une manière plus que d’une autre…Ce n’est qu’en 1916, lorsque je fus mobilisé dans les bureaux de l’Ecole de Guerre que je fus repris tout à coup d’une activité intellectuelle : j’écrivis des poèmes, aujourd’hui perdus, puis une pièce de théâtre, l’Empereur de Chine. On sait que cette pièce s’incorpora tout naturellement à Dada, lorsque celui-ci fit son entrée à Paris… »
Car, en 1917, Dada voyait le jour à Zurich et se propageait à Cologne, Berlin, Munich et Paris où G. Ribemont-Dessaignes fut, avec Tzara, l’un de ses membres les plus actifs, tandis qu’en 1918, Max Ernst, démobilisé, vivait à Cologne où s’ouvrait une maison Dada et participait avec la même passion aux différents groupes qui se formaient dans l’effervescence de l’après-guerre.
Tout naturellement, Georges Ribemont-Dessaignes et Max Ernst, qui vint alors à Paris, se rencontrèrent à différentes reprises en particulier au Sans Pareil, où eut lieu la présentation de l’Empereur de Chine et la première exposition Max Ernst en France. Ils se lièrent d’amitié, se perdi-rent de vue…et se retrouvèrent en 1965 autour de l’exposition Hommage à GRD pour ses 80 ans à la galerie Alphonse Chave, à Vence.
À cette occasion GRD qui, pendant toute sa vie, avait su garder son sens du dérisoire, sa passion anticonformiste et sa volonté de dénoncer, avec violence, la bêtise qui conduit aux patriotismes ou nationalismes idiots et à la guerre, montra à Max Ernst un de ses écrits auquel il tenait particulièrement : La Ballade du soldat. Max Ernst fut enthousiasmé et décida de l’illustrer.
À partir de ce moment, entre Georges Ribemont-Dessaignes à Saint-Jeannet, Max Ernst à Seil-lans et Pierre Chave, lithographe à Vence, il y eut de nombreux échanges : une lithographie devait accompagner le texte, mais finalement Max Ernst se laissant emporter par la beauté caustique et la virulence de ce long poème réalisa trente-quatre lithographies originales.
C’est ainsi qu’est né l’album La Ballade du soldat, achevé d’imprimer en 1972.
Par ailleurs, les auteurs ont souhaité que deux versions l’une anglaise, l’autre allemande soient publiées afin de sensibiliser le plus grand public aux horreurs et à la bêtise de la guerre.
L’exposition montre cet album et sa suite de trente-quatre planches sur papier Japon, ainsi que des épreuves d’essai, annotées par Max Ernst durant la réalisation de ce travail qui dura près de sept ans.
En parallèle, seront également montrées des oeuvres originales de Max Ernst
et des dessins de Georges Ribemont-Dessaignes, d’avant et après Dada.

ACTIVITÉS HORS LES MURS

Participation aux expositions

MAX ERNST, GEORGES RIBEMONT-DESSAIGNES, LA BALLADE DU SOLDAT
Centre Joë Bousquet Maison des Mémoires 53, rue de Verdun Carcassonne du 27 juin à fin novembre 2014.

PASCAL VERBENA
Centre d’art contemporain, Place d’Armes, Briançon Vauban du 4 juillet au 14 septembre 2014.